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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 13:44

Source : Le grand soir

 

 

La footballisation des esprits : Que reste-t-il des valeurs fondamentales ?


Chems Eddine CHITOUR


A un génie qui lui demande de formuler un vœu, le citoyen algérien lambda demande à ce que sa grand-mère morte soit ressuscitée. Dénégation du génie. Deuxième vœu : « Je veux que l’Equipe d’Algérie gagne la Coupe. » Après réflexion, le génie se résout à ramener à la vie, la grand-mère...


Pendant un mois, la planète est sommée de vibrer au rythme du roi football. Comment le football opère ? Cet engouement planétaire fait partie de la stratégie du néolibéralisme qui crée des besoins chez l’individu qui devient de ce fait esclave du divin marché, pour reprendre l’expression du philosophe Dany Robert Dufour. Cependant, les dégâts du néolibéralisme ne sont pas les mêmes selon que l’on soit au Nord comme au Sud. Examinons pour commencer le phénomène de société dans les pays du Sud.


Le philosophe Fabien Ollier dresse un état des lieux sans concession de cette grand-messe planétaire orchestrée par « la toute-puissante multinationale privée de la Fifa ». « Il suffit, écrit-il, de se plonger dans l’histoire des Coupes du Monde pour en extraire la longue infamie politique et la stratégie d’aliénation planétaire.(...) L’expression du capital le plus prédateur est à l’oeuvre : les multinationales partenaires de la Fifa et diverses organisations mafieuses se sont déjà abattues sur l’Afrique du Sud pour en tirer les plus gros bénéfices possibles. Un certain nombre de journalistes, qui ont travaillé en profondeur sur le système Fifa, ont mis en évidence le mode de fonctionnement plutôt crapuleux de l’organisation. (...). Le déploiement sécuritaire censé maintenir l’ordre, assurer une soi-disant paix civile, n’est autre en réalité que la construction d’un véritable état de siège.(...) Tout cela relève d’une diversion politique évidente, d’un contrôle idéologique d’une population. En temps de crise économique, le seul sujet qui devrait nous concerner est la santé de nos petits footballeurs. C’est pitoyable. Il existe en réalité une propension du plus grand nombre à réclamer sa part d’opium sportif. (...).(...) Trop d’intellectuels ont succombé aux « passions vibratoires » et aux « extases » sportives ; ce sont eux qui légitiment à présent, l’horreur sportive généralisée : violences, dopage, magouilles, crétinisme des supporters, etc. (...) A mon sens, il n’est pas seulement le reflet, le football est également producteur de violences sociales, générateur de violences nouvelles. Il impose un modèle de darwinisme social. Cela tient à sa structure même : le football est organisé en logique de compétition et d’affrontement. Jouer ce spectacle par des acteurs surpayés devant des smicards et des chômeurs est aussi une forme de violence. (...)La symbolisation de la guerre n’existe pas dans les stades, la guerre est présente. Le football exacerbe les tensions nationalistes et suscite des émotions patriotiques d’un vulgaire et d’une absurdité éclatants. (...) » (1)


Hypnose collective


Nous l’avons vu avec un certain match Algérie-Egypte, qui a failli amener la rupture des relations diplomatiques ! La même analyse, sans concession, nous est donnée par Samuel Metairie : « Aujourd’hui, écrit-il, c’est le Grand Soir tant attendu par la majorité de la population de ce Globe. Vendredi 11 juin 2010, enfin s’ouvre en Afrique du Sud la plus grosse compétition de football de la planète, où les humains de toutes les nations, du peuple aux élites politiques et économiques, vont pendant un mois de matraquage médiatique aveuglant, pouvoir, à coeur joie s’adonner à la satisfaction universelle de leurs pulsions serviles, cyniques et mercantiles. (...) Et l’institution du football fait croire à ses admirateurs qu’elle leur donne des gages de bonheur en substitut des substrats de frustrations et de déceptions, confortant la petite société dans l’hypnose collective pour la rendre malléable, corvéable à merci. (...) Bref, ainsi, va-t-on, une fois de plus, pouvoir laver nos cerveaux d’hommes rationnels en oubliant enfin la crise économique, les profits actionnariaux, le chômage volontairement entretenu, la précarité, la faim du Tiers-Monde, l’exploitation des dominés, les expropriations de terres par les trusts agroalimentaires, la crise écologique, le scandale de la marée noire en Nouvelle-Orléans, la guerre au Moyen-Orient (...) » (2)


« Trente-deux équipes, dont une vingtaine issues de pays occidentaux, vont pouvoir fouler les pelouses de leurs crampons, et servir les bas instincts pulsatifs de milliers d’hommes et de femmes peuplant les stades en jouant aux gladiateurs des temps modernes. Sauf que ces gladiateurs sont devenus des hommes d’affaires intouchables, dont le salaire mensuel (disons honoraires ou dividendes) correspond, à plusieurs années de travail d’un salarié français moyen. Juste pour pousser une balle avec ses potes jusqu’à 30 ans, pendant que de plus en plus de Français vont être obligés de travailler jusqu’à 65-70 ans. (...) Une question vient à l’esprit : si le football était vraiment un sport, ne pourrait-on pas payer ces gens raisonnablement, à hauteur du salaire minimum ? Ne pourraient-ils pas reverser ce capital vers ceux qui en ont besoin, aux pauvres oubliés par l’Occident, aux peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, au lieu de prendre l’Afrique pour une cour de récréation ? (...) Aux quatre coins du monde, surtout dans les pays plus pauvres, c’est partout la même logique du capitalisme : l’appareil économique occidental s’implante, génère des marges commerciales et des bénéfices. Il fait de l’argent sur place en exploitant la main-d’oeuvre locale, et rapatrie ses capitaux dans les grandes banques européennes. (...) »


D’après la Fifa, chaque nation présente en Afrique du Sud recevra une dotation d’au moins 8 millions de dollars, une somme qui augmente en fonction du parcours de l’équipe : un quart de finaliste gagnera par exemple plus de 11 millions d’euros, et le champion du monde, environ 25 millions d’euros. Les clubs des joueurs engagés touchent aussi des dotations, pour un total de 40 millions de dollars. 278.5 millions d’euros seraient distribués aux équipes participantes. A raison de 8,2 millions d’euros par équipe. Chaque joueur aura une indemnité de 1600 dollars par jour. Cette indemnité cessera le lendemain de l’élimination de l’équipe des joueurs. La Fifa va recevoir environ 2.1 milliards d’euros uniquement avec les droits TV auxquels il faut ajouter les nombreux sponsors qui doivent verser plus d’un milliard d’euros. (3)


Justement, pour parler de l’indécence des sommes colossales perçues, il faut savoir par exemple, que dix joueurs les mieux payés dont David Beckam, Ronaldinho Gaucho, Whyne Rooney ont reçu en une année 135 millions d’euros en salaires, primes, droits de sponsoring... soit en moyenne 20 millions de dollars par individu (55.000 $/jour, contre 2$/jour en moyenne pour un Africain) ou encore le salaire journalier du joueur est équivalent à ce que reçoivent deux Africains sur une carrière de 32 ans). C’est ça le scandale du marché du néolibéralisme, de la mondialisation laminoir qui font que ce que la société a accumulé pendant des siècles risque de disparaître sous les coups de boutoir du « Divin marché » où la valeur d’un individu, c’est de plus en plus ce qu’il peut rapporter, et ce qu’il peut consommer et non ce qu’il recèle comme culture et savoir. On comprend alors, l’illusion de l’éducation, notamment dans les pays du Sud où l’éducation est la dernière roue de la charrette.


On est loin de l’aspect noble du sport. On peut penser valablement que cette dimension du sport pour le sport avec les « magiciens » du ballon comme Di Stefano, Kopa, Pélé, Garrincha, et tant d’autres, s’est arrêtée avec, il y a une vingtaine d’années, pour laisser place au vedettariat et aux salaires démentiels. On rapporte que le mathématicien russe, Grigori Perelman, a ignoré le prix d’un million de dollars. D’après la Voix de la Russie, le mathématicien russe Grigori Perelman a ignoré le prix d’un million de dollars qui lui était attribué par l’Institut mathématique de Clay pour avoir prouvé l’hypothèse de Poincaré. Le lauréat n’est pas venu à la cérémonie de la remise du prix qui s’est passée mardi 8 juin dans le cadre d’un symposium mathématique à Paris. Le Russe s’était déjà vu décerner en 2006 la médaille Fields, considérée comme le « Nobel en mathématiques », qu’il avait refusée. Le mathématicien et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, Michel Broué, s’est réjoui de l’attitude de Grigori Perelman en déclarant que « l’activité des mathématiques était jusqu’à maintenant, par nature, protégée de la pourriture financière et commerciale, j’emploie ce terme volontairement. Mais je pense que c’est sans doute une des raisons qui font que Perelman dit et veut dire qu’il ne veut pas travailler pour le fric ni pour les récompenses. C’est une chose, il travaille pour l’honneur de l’esprit humain. » (4)


A l’autre bout du curseur, il y a des intellectuels qui trouvent que le football joue un rôle social indéniable. Pascal Boniface, le directeur de l’Ifri (Institut français des relations internationales) écrit : « (...) À feuilleter les journaux, à regarder la télévision, écouter la radio, le football semble concentrer contre lui toutes les critiques. (...) Il déchaîne la violence, nourrit le racisme, provoque l’abrutissement des foules, fait triompher la brutalité, le dopage, la corruption, et favorise le déferlement de l’argent roi. (...) Le football ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité. (..) Le football occupe une telle place dans la société, démesurée aux yeux mêmes de nombreux responsables. (...) On attribue au football la cause de problèmes dont il n’est que le reflet. (...) Le racisme ? Le football en est plus victime que coupable (...) Il est effectivement anormal et inacceptable que des supporters lancent des injures racistes à un joueur. (...) Le football est essentiellement démocratique, il n’y a pas de raison, d’hérédité ou de réseau social. Chacun est sur la même la ligne de départ. (...) Le football, c’est le vouloir vivre ensemble. Il occupe une place indispensable dans la société où il anime la vie. (...) Une critique récurrente porte sur les dérives de l’argent. Les stars du football gagnent, en effet, des sommes considérables, des salaires mensuels qui donnent le vertige, des salaires annuels qui peuvent dépasser les gains de toute une vie. Les stars d’aujourd’hui gagnent en un mois ce que gagnaient celles d’il y a une génération en un an et celles d’il y a deux générations en une carrière, et encore. (...) Mais est-ce le football qui doit être condamné ou la loi du marché ? Les salaires qui leur sont proposés ne sont que le reflet de cette dernière (...) L’argent drainé par le football est sans comparaison par rapport à celui qui circule dans la plupart des autres sports (...) Le football écrase la concurrence. (...) Ce sont les médias, le public et les sponsors qui décident au final qu’il faut investir sur le football, qu’il faut montrer du football parce que cela attire le public. (...) » (6)


Qu’en est-il de l’opium du football en Algérie ? Pour le sociologue Zoubir Arrous, le foot n’est plus un jeu sportif, mais plutôt un enjeu politique et financier. (..) Ainsi, nous pouvons dire qu’il y a, dans le cas de l’Algérie, un véritable conflit entre le stade et la mosquée. (...) La paix sociale grâce au foot ne dure pas dans le temps. L’après-match ou l’après-foot est la période la plus dangereuse sur le plan social. Le citoyen revient à son état normal et parfois critique. (...) Le foot peut faire l’objet d’un contrat social dans les sociétés qui n’ont pas de crise et qui ne cherchent pas de changement. Le foot est aujourd’hui devenu la nouvelle religion. (6)

En Algérie, l’Ecole ne fait plus rêver. Elle ne joue plus son rôle d’ascenseur social et ne discrimine plus entre « ceux qui jaillissent du néant » et les laborieux et les sans-grade qui cumulent en une carrière ce que perçoit un joueur en une saison. Il est vrai que la contagion du jeu et du mercato a envahi l’Algérie. « Le marché des transferts de joueurs de football écrit M.Gemill, s’est enflammé cette année en Algérie ! Les prix exigés par les supposés agents de joueurs et les sommes offertes par les clubs ont doublé, voire triplé. Même si certains n’ont de footballeur que le nom qu’ils portent, loin du professionnel qu’on recherche, ils engrangent des revenus faramineux eu égard aux sommes exorbitantes exigées pour leur transfert. Ces joueurs d’un niveau juste moyen, pouvant inscrire seulement un but pendant toute une saison. Les primes de signature se négocient au minimum à 900 millions de centimes (90.000 euros) pour n’importe quel jeune joueur qui s’est distingué lors du précédent exercice et grimpent jusqu’au milliard et demi de centimes, voire deux (200.000 euros) pour les joueurs confirmés et les rares attaquants. » (7)


De ce fait, certains parents l’ont bien compris, ils cherchent pour leurs enfants la rampe de lancement la plus juteuse en termes de fortune rapide, ils ne cherchent pas la meilleure école pour leurs enfants, mais le meilleur club pour inscrire leurs enfants, il existe de véritables circuits où il faut être connu pour placer son enfant et le must consiste à suivre l’évolution de son enfant lors des entraînements. C’est un placement sûr qui peut valoir de la devise... On dit que nous allons vers le professionnalisme ! Nous n’arrêtons pas de singer et d’appliquer à la lettre les injonctions du « marché ». Quelle est la valeur ajoutée pour le pays d’un joueur par rapport à un universitaire besogneux qui doit se réincarner à titre d’exemple, plusieurs fois pour atteindre la prime donnée en une fois à un joueur lors de cette Coupe du Monde ?


Après avoir laminé le « collectif » au profit de l’individualisme le néo-libéralisme s’attaque sans résistance majeure, aux derniers bastions du vivre ensemble. Après avoir laminé les Jeux olympiques qui sont devenus des jeux marchands où l’effort passe en arrière plan de ce qu’il peut rapporter en terme d’image, après avoir créer des ersatz de divertissements , le néolibéralisme investit l’industrie du plaisir fugace et ne s’installe pas dans la durée, il vole d’opium en opium en « extrayant de la valeur » au passage, laissant l’individu sujet consommateur sous influence en pleine errance avec des réveils amers, où il retrouve la précarité, la malvie en attendant un autre hypothétique soporifique devenant définitivement l’esclave du divin marché selon le juste mot du philosophe Dany Robert Dufour


Pr Chems Eddine CHITOUR


Ecole Polytechnique enp.edu.dz


1. Fabien Ollier : « La Coupe du Monde, une aliénation planétaire » Le Monde.fr 10 06 2010

2. Samuel Metairie Quand l’Occident dissimule son colonialisme derrière un évènement sportif... Le Grand soir 12 juin 2010 http://www.legrandsoir.info/Quand-l...

3. Stephane de Satukin : LeMonde.Fr avec AFP 07.06.10

4. Le Canard Républicain Agoravox 10 juin 2010

5. Pascal Boniface www.iris-france.org/ docs/pdf/2008-livre-blanc-football.pdf

6. http://forumdesdemocrates.over-blog...

7. M. Gemmill Algérie : Le marché des transferts s’enflamme. La Tribune 5 juillet 2009.

 

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