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Omerta sur le méthane
À Poznan, en Pologne, où le sommet des Nations unies sur le climat ouvre le 1er décembre, le CO2 monopolisera les débats, éclipsant la lutte contre le méthane, pourtant urgente. À qui profite cette omission ?
Le consensus planétaire est enfin établi : il est urgent d’enrayer le dérèglement climatique, d’autant plus que les émissions de gaz à effet de serre croissent toujours de plus de 3 % par an. Et les projections les plus pessimistes des scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) sont déjà obsolètes. Ainsi, il est acquis depuis longtemps que la stabilisation du système climatique n’est pas envisageable avant 2100. Officiellement, il s’agit de ne pas dépasser 2 °C d’augmentation moyenne des températures planétaires.
La casse écologique, économique et sociale serait de la sorte limitée, estiment les spécialistes. Mais la plupart confessent en privé que cet objectif est désormais une utopie. Il faudrait avoir divisé les émissions de gaz à effet de serre par deux en 2050 (et même par quatre dans les pays industrialisés). Pour cela, il faut d’abord gagner une bataille bien plus proche : avant 2030, il est impératif d’avoir enclenché une baisse planétaire des émissions de près de 5 % par an en moyenne, sous peine de rendre la mission impossible.
C’est sur les énergies fossiles – pétrole, charbon et gaz – que se concentre l’essentiel des stratégies internationales : elles représentent 60 % du problème, émettrices d’énormes quantités de gaz carbonique (CO2), le principal des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. La crise du pétrole, et sa raréfaction prochaine, vient encore ajouter à l’extrême focalisation des efforts sur la maîtrise du CO2.
Et les autres gaz à effet de serre ? Pour tenir compte de longévités dans l’atmosphère et de nocivités climatiques très différentes, on rapporte leur « potentiel de réchauffement global » à celui du CO2. Ainsi, une tonne de méthane (CH4) « équivaut » à 25 tonnes de CO2. Cependant, comme les activités humaines en émettent « seulement » 355 millions de tonnes (Mt) par an (en 2004), contre 37 600 Mt pour le CO2, le CH4 contribue à 15 % environ du réchauffement, ce qui le place au deuxième rang des gaz à effet de serre.
Ceci dit, il faut apporter une précision d’une importance considérable aujourd’hui : cette hiérarchie, banalisée dans presque tous les écrits, n’est valable qu’un siècle après l’émission des gaz, soit l’horizon envisagé pour la stabilisation du climat. Or, il en va très différemment si l’on se place en 2030, parce que l’essentiel du potentiel d’effet de serre du méthane s’exprime au cours des premières années suivant son émission : une tonne de CH4 « vaut » alors… 72 tonnes de CO2. Si l’on considère les émissions de 2000, l’impact du méthane sera équivalent en 2030 à celui de l’ensemble des combustibles fossiles !
PATRICK PIRO
(1) www.afd.fr/jahia/Jahia/home/
(2) Lire le Climat otage de la finance, très instructif, d’Aurélien Bernier, Mille et Une Nuits, 163 p., 12 euros.